
MOIS SANS TABAC
Quels effets secondaires du tabac sur les suites opératoires ?
Du 1ᵉʳ au 30 novembre 2025, Mois sans tabac revient pour sa 10ème édition. Ce grand défi collectif porté par le ministère de la Santé encourage les fumeurs à arrêter de fumer pendant 30 jours. Le point avec le Dr Matthieu Trousselier, chirurgien orthopédique spécialiste du pied et de la cheville à la Clinique Claude Bernard d’Ermont et la Clinique de Domont.
1. Quel impact le tabagisme a-t-il sur les suites opératoires en orthopédie ?
Le tabac majore nettement le risque d’infection, de nécrose cutanée, de retard de consolidation pouvant aller jusqu’à une absence de consolidation osseuse (pseudarthrose). En chirurgie programmée, nous avons la possibilité d’anticiper. Dès la consultation préopératoire, l’enjeu est d’établir un véritable partenariat thérapeutique et d’informer clairement le patient des risques liés au tabac. Une fenêtre d’arrêt tabagique de 6 à 8 semaines avant l’intervention et un maintien en post opératoire est proposée. En chirurgie urgente, la situation est plus délicate car on ne peut agir sur la consommation tabagique avant le geste. Certaines situations se situent entre les deux, comme la rupture du tendon d’Achille, considérée comme une semi-urgence ; avec un délai opératoire allant jusqu’à dix jours, il est possible d’informer le patient, d’évaluer les comorbidités, et de proposer le cas échéant, une alternative à la chirurgie.
2. Dans votre spécialité, la chirurgie du pied, les risques sont-ils majorés ?
Toutes les disciplines de l’orthopédie sont concernées par les effets délétères du tabac. Toutefois, la chirurgie du pied expose plus à des complications vasculaires. Une AOMI (artériopathie oblitérante des membres inférieurs) sous-jacente méconnue peut être décompensée par le geste chirurgical, d’où l’intérêt, chez certains patients, d’un bilan artériel préopératoire.
3. Le “Mois sans tabac” a-t-il un impact réellement favorable?
Cette campagne de prévention joue un rôle indispensable en termes de sensibilisation. Pour certains patients, notamment ceux qui hésitent à se sevrer ou ceux ayant une intervention programmée, cela peut être un levier décisif : l’explication transparente des risques opératoires peut déclencher une motivation réelle.
4. Comment le médecin traitant pourrait-il davantage accompagner l’arrêt du tabac ?
Le rôle du médecin traitant est central. Je crois qu’il pourrait insister davantage sur l’intérêt des substituts nicotiniques (patchs, gommes), souvent sous-utilisés, et revenir sur la place du vapotage, fréquemment perçu comme anodin. Or la nicotine contenue dans les vapoteuses est délivrée sous forme de pics rapides favorisant la vasoconstriction contrairement à celle se trouvant dans les patchs qui est délivrée sur un mode continu. Expliquer clairement ce mécanisme aide les patients à adopter des stratégies réellement protectrices en période pré- et postopératoire.
Propos recueillis par Nathalie Chahine