Dr Franck Nadjar

Dr Aurélie Lemaire :

« Les planètes se sont alignées pour cette installation »

Pneumo-pédiatre et allergologue

Lorsqu’elle découvre les locaux flambant neufs de la maison de santé d’Éragny, le Dr Aurélie Lemaire se projette immédiatement. « Je ne pensais pas forcément m’installer dans ma ville, mais tout s’est aligné », raconte-t-elle.

Pneumo-pédiatre et allergologue, son profil est unique dans le Val-d’Oise. Depuis février 2026, elle partage donc son activité entre son cabinet libéral – deux jours par semaine – et son poste de praticienne hospitalière à Poissy. Un choix dicté autant par les besoins du territoire que par une recherche d’équilibre personnel.

« Pour la première fois depuis quinze ans, je peux accompagner mes enfants à l’école le matin. » Mère de quatre enfants, elle évoque sans détour l’usure accumulée à l’hôpital : gardes répétées, crises sanitaires, fermetures de services faute de médecins, tensions croissantes avec certains patients. « Je ne voulais plus être submergée. »

L’installation n’a pourtant rien eu d’un long fleuve tranquille. Aucun soutien financier spécifique, des prêts bancaires difficiles à obtenir pour une activité à mi-temps : pour acheter son matériel – notamment l’équipement d’exploration fonctionnelle respiratoire – elle a dû s’appuyer sur un prêt familial de 30 000 euros.

« C’était un peu angoissant. » Malgré cela, le pari a été immédiatement gagnant : agenda rempli dès l’ouverture et sur deux mois, patients adressés par les confrères du secteur et même par les urgences de Pontoise. La mairie d’Éragny a relayé son arrivée sur ses réseaux sociaux, suscitant un fort intérêt local. « J’ai été frappée par la bienveillance des confrères et par la reconnaissance des patients. »

Si le libéral lui apporte davantage de souplesse et de sérénité, il n’est pas question pour elle de quitter l’hôpital. « J’ai grandi dans une famille très investie dans le service public. Je n’ai pas fait médecine uniquement pour ceux qui ont les moyens de se soigner. » Elle reste attachée au travail en équipe et à la dimension généraliste de la pédiatrie hospitalière, qui lui permet de conserver « une vision globale de l’enfant ».

Garder un pied à l’hôpital lui semble aussi précieux pour ses jeunes patients : son réseau hospitalier facilite l’accès à des examens spécialisés et à des avis experts. Aujourd’hui, elle estime avoir trouvé un équilibre « agréable mais fragile ». Une certitude néanmoins : « Je ne me laisserai plus engloutir par les difficultés de l’hôpital. »

Propos recueillis par Nathalie Chahine