
PLFSS
Le déremboursement des soins prescrits en secteur 3 en question
Le Dr Sylvie Cabrita, médecin généraliste à Pontoise, a fait le choix de passer en secteur 3. A l’aube du Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale (PLFSS) de 2025, elle revient sur ses motivations.
1. Le PLFSS prévoit en 2026 de dérembourser les prescriptions des médecins en secteur 3. Comment le vivez-vous ?
Je le ressens comme une mesure difficile à comprendre et source d’inquiétude pour notre exercice. Elle donnerait le sentiment que notre diplôme ne serait plus reconnu par l’Assurance maladie. La prescription est au cœur de notre métier : si les médicaments et les examens complémentaires ne sont plus pris en charge, la totalité du coût reposerait sur des patients pourtant déjà contributeurs de la Sécurité sociale et souvent d’une mutuelle. Une telle évolution risquerait d’aggraver les inégalités d’accès aux soins.
2. Pourquoi aviez-vous fait le choix de passer en secteur 3 ?
Installée depuis vingt-trois ans, j’ai traversé en 2022 une période d’épuisement. Le tarif de la consultation ne me permettait plus de consacrer le temps nécessaire à chaque patient tout en assurant l’équilibre économique du cabinet. Je vivais ce contexte comme une pression institutionnelle difficile à supporter. Passer en secteur 3 m’a permis de retrouver un exercice conforme à mes valeurs, et un temps médical indispensable pour bien soigner. Par ailleurs, je me suis formée à l’hypnose et aux thérapies du traumatisme, afin d’améliorer la qualité de la prise en charge.
Le fait d’avoir davantage de temps d’écoute me permet souvent d’éviter des examens complémentaires, ce qui peut in fine réduire la dépense publique. Aujourd’hui, je travaille sereinement, épaulée par une assistante. Médecin traitant pour 1 300 patients (contre 1 900 auparavant), je facture ma consultation 70 euros, et 55 euros pour les enfants : je tenais à maintenir mon activité de pédiatrie sans que le coût soit un frein pour les familles. Cela me semble cohérent quand on compare avec le prix d’un service du quotidien, comme une coupe-shampoing-brushing à 78 euros à Pontoise…
3. Si cette décision est actée en janvier 2027, qu’envisagez-vous ?
Le PLFSS actuel est perçu comme particulièrement difficile, car il donne le sentiment de pointer avant tout le coût de notre activité plutôt que la qualité du soin. S’il devait se traduire par un déremboursement définitif, je n’envisagerais pas de revenir dans le conventionnement avec la Sécurité Sociale. Je serais probablement amenée à fermer mon cabinet et à envisager une expatriation, comme d’autres confrères. Ma priorité, aujourd’hui, est d’encourager mes collègues à se mobiliser pour la grève prévue du 5 au 15 janvier, afin que les parlementaires renoncent à appliquer cette mesure.
Propos recueillis par Nathalie Chahine