Dr Franck Nadjar

Dr Dominique Nguyen,

médecin du travail à Sarcelles

 

« C’est en voyant à la télévision le Pr Barnard, qui venait de réaliser la première greffe de cœur de l’histoire, que j’ai eu un déclic. Plus tard, je serai chirurgien, me suis-je dit. C’était en 1967, j’avais dix ans. Savoir très tôt où l’on veut aller dans la vie est un grand avantage. Après avoir réussi le concours, j’ai entamé les études de médecine au CHU Saint-Antoine, à Paris. Lors de mon tout premier stage en chirurgie viscérale, j’ai su que je ne m’étais pas trompé : j’étais fait pour ce métier. J’ai poursuivi dans cette voie à Strasbourg, où j’ai effectué une partie de l’internat en chirurgie viscérale, avant de me réorienter vers l’orthopédie. Ce que j’aimais dans cette spécialité ? La précision technique, bien sûr, mais aussi la richesse de l’instrumentation – viseurs, régleurs, matériel d’ostéosynthèse, prothèses… Et puis, cette satisfaction unique d’obtenir un résultat concret, vérifiable.

Après ma thèse, soutenue en 1990, j’ai intégré l’hôpital de Sélestat comme assistant des Hôpitaux. Je me sentais en terrain familier : ma mère est alsacienne, et j’avais passé tous mes étés d’enfance dans la ferme de mes grands-parents, à conduire des tracteurs ou couper la luzerne. En 1992, à la naissance de notre premier fils, nous avons souhaité nous rapprocher de nos familles. J’ai alors accepté un poste de chirurgien orthopédiste à Beaumont-sur-Oise, en tant que praticien hospitalier.

J’y suis resté une dizaine d’années. Mais les conditions de travail à l’hôpital se dégradaient, et j’ai décidé de bifurquer.

C’est ainsi que je suis devenu médecin du travail. Depuis près de vingt ans, j’exerce ce métier passionnant – et pourtant largement méconnu – au sein de Prevlink, le deuxième service de prévention et de santé au travail interentreprise (SPSTI) de France. Comme en chirurgie, c’est un travail de précision, mais cette fois médico-juridique : l’objectif est de prévenir toute dégradation de la santé des salariés au travail. Le problème, c’est que cette spécialité souffre de nombreux préjugés – le plus tenace étant que nous serions inféodés à l’entreprise. C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai rejoint le Conseil Départemental de l’Ordre des Médecins : je voulais faire mieux connaître la réalité de notre métier, son aspect technique, ses responsabilités complexes, en constante évolution. Et montrer aussi que cette voie est accessible à ceux qui, en seconde partie de carrière, souhaitent changer vers un domaine beaucoup plus tourné vers la prévention. Aujourd’hui, à 68 ans, la retraite est en ligne de mire, mais je compte bien continuer à mi-temps aussi longtemps que possible. »

Propos recueillis par Nathalie Chahine