3 questions à … Dr Anne Rozencwajg,

Chef de Pôle et Chef de service psychiatrie infanto-juvénile à l’Hôpital de Gonesse

Quand le médecin traitant doit-il adresser un jeune patient au psychiatre ?

Dès qu’il ne sait pas comment faire avec l’enfant, mais aussi quand les troubles persistent et qu’il ne sait pas quelle réponse apporter. Plus le patient est jeune, plus il faut réagir vite. La psypérinatalité, qui s’adresse aux troubles survenant de la grossesse jusqu’aux deux ans de l’enfant, couvre cette période des 1000 premiers jours de vie si cruciaux pour le développement. Si on intervient durant cette période, les chances de récupérer les choses par la suite sont meilleures. C’est pourquoi, à l’hôpital de Gonesse, avec la maternité, nous avons développé des Unités qui accompagnent les femmes vulnérables durant la grossesse et après l’accouchement, ainsi qu’une consultation pour bébés, récemment renforcée par une équipe mobile. Chez l’enfant plus âgé, les troubles du comportement, de l’humeur et du neuro-développement relèvent du spécialiste.

Quelles sont les structures de référence pour le médecin généraliste ou le pédiatre ?

En premier lieu, la Plateforme de Coordination et d’Orientation (PCO), qui propose un parcours coordonné d’évaluations et d’interventions précoces d’une année pour les enfants âgés de 0 à 7 ans présentant une suspicion d’un trouble du neuro développement (TND). Le médecin traitant remplit un petit fascicule qui permet à la plateforme de contacter directement la famille.

Depuis janvier 2020, environ 800 enfants ont été adressés à la PCO sur notre secteur : le dispositif est donc assez rôdé. Via la PCO, l’enfant peut ensuite être orienté vers une structure adaptée ou vers le libéral. Les CMP constituent les unités pivots des secteurs de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent. Ils sont situés dans les villes au plus près des populations. En outre, les dispositifs avec accès direct se sont développés à la Consultation Hospitalière Bébés, l’Unité d’Accueil des Victimes de l’UNAVI, l’Equipe Mobile Adolescents qui peut intervenir à domicile, ou encore la Maison des Ados, qui reçoit aussi sans rendez-vous.

Quels sont vos principaux projets pour demain ?

En tête des priorités figure la création d’un CATTP périnatalité (Centre d’accueil Thérapeutique à temps partiel) pour les parents et les bébés. D’autre part, j’espère bientôt pouvoir financer le développement de l’Unité Transversale de Thérapie Familiale. L’autre grand progrès est l’extension de la PCO aux 7-12 ans, attendue dès le mois de juin. Mais les défis restent immenses dans cette partie du Val d’Oise, caractérisée par une population majoritairement défavorisée, connaissant une très forte natalité, des problèmes psycho-sociaux et culturels complexes. On assiste aussi, dans ces contextes, à une montée des troubles autistiques, et nos moyens sont globalement insuffisants pour répondre aux besoins.